Zeina Fayad: l'insouciance retrouvée...

Rencontre avec Zeina Fayad, une jeune auteure libanaise, au visage et au sourire à la fois juvéniles et radieux.

Diplômée d’un Master en Création Littéraire de l’Université de Montréal et d’un Doctorat en Lettres Modernes de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, elle signe cette année son premier roman intitulé " l’Insouciance retrouvée " aux éditions Dar Saër El Mashrek au Liban.

Entretien recueilli par Vera Webert pour Mon Liban d'Azur

Zeina Fayad. © Marie-Josée Daoud

Vera Webert

- Comment est né votre désir d’écrire?

Zeina Fayad

J’ai toujours eu l’intuition que le monde dans lequel nous vivons est intelligible. Du coup, mon défi est d’exprimer la complexité de mes sentiments face à cet univers avec des mots qui me sont propres. L’existence me fait quelques fois songer à une montagne russe tant on y fait d’expériences. Trouver les mots justes, aller jusqu’au bout de mes pensées, et aller chercher l’autre pour lui montrer la beauté et le sens de ces expériences, voilà ce qui m’intéresse dans l’écriture.

Je suis par ailleurs une grande lectrice toujours à l’affût de nouvelles idées.

Justement, quels sont les auteurs qui vous ont le plus marquée? (Auteurs libanais, français et autres)

Tous les grands classiques que j’ai lus ont laissé en moi des idées qui ont germé et sont devenues par la suite importantes dans mon existence. Je leur dois, au moins en partie, ce que je suis devenue aujourd’hui. Du coup, je ne pourrais pas imaginer ma vie sans lectures, mais je ne vais pas les énumérer ici, car je risque d’en oublier. Il faudrait commencer par " l’Épopée de Gilgamesh ", écrite il y a plus de 4000 ans, qui explore déjà un peu les mêmes thématiques que moi, et puis traverser les siècles…

Quelles sont vos autres sources d’inspiration ?

Il y en a deux principalement. D’abord le monde dans lequel nous vivons. J’ai beaucoup voyagé et je voulais dans " l’Insouciance retrouvée " montrer ce qui est unique dans mon pays et mes racines libanaises. Les paysages, la nature et les gens qui se mélangent et partagent cette histoire complexe de la région sont les premières sources où je puise. Ensuite, c’est tout simplement l’amour. Je pense qu’une femme aujourd’hui fait l’expérience de l’amour avec beaucoup plus de liberté que sa grand-mère par exemple, mais ce sentiment n’en demeure pas moins un mystère absolu. Je pourrais passer toute ma vie à explorer ses secrets. Quand je m’en rapproche, j’ai l’impression qu’un miracle se produit. Mais au fond, je sais bien qu’il reste par essence insaisissable… preuve en est que je ne vis jamais la même chose deux fois.

Quelle est votre perception de l’insouciance? Est-elle un ingrédient du bonheur?

Oui ! Bien entendu. L’insouciance est ce sentiment que l’on a tous au fond de soi quand on se souvient des beaux moments de notre enfance. Malheureusement, quand on vit des moments difficiles, on prend peur, et avoir peur de vivre est le pire des tourments. Retrouver l’insouciance c’est apprendre à dépasser ses peurs et vivre pleinement le moment présent.

-Y a-t-il une part autobiographique dans l’insouciance retrouvée?

Certainement! Mais des fois j’aime mieux la cacher pour atteindre une sorte d’universel. Vous savez, à la base je suis d’un naturel assez réservé. Mais quand j’écris, ma mémoire se mélange à mon imagination. Je dirais même qu’à ce niveau, toutes les fantaisies sont les bienvenues. Tant que cela reste crédible, on peut peupler le quotidien de toutes sortes de rêves et de poésie. Le tout étant de rester vrai, c’est à dire authentique à ses valeurs.

Que pensez-vous de cette génération citée dans votre roman, qui à peine retrouve l’insouciance, subit une désillusion dans ce contexte de triple crise économique, politique et sanitaire? L’insouciance est-elle donc un éternel recommencement au même titre que la vie?

Oui et non car l’insouciance, une fois retrouvée, peut devenir une force qui ne nous quitte jamais. Elle ne nous rend pas invincible pour autant, mais comme la vie est un long cheminement, elle nous donne la force d’affronter les obstacles. Et puis, peut-être une espèce de candeur, qui nous ouvre à ressentir plus de compassion.

Quels sont vos projets actuels ?

Je suis actuellement professeur à l’Université Américaine de Beyrouth dans le programme d’Histoire des Civilisations et je tiens à persévérer dans cette voie malgré les difficultés. La recherche et la transmission du savoir alimentent ma création. Il y a aussi des ateliers d’écriture que je mène en parallèle et j’en ai donné un récemment à l’Institut du Monde Arabe à Paris sur la poésie et les sensations. Pour écrire, nous étions face à des œuvres du peintre Haïder et à de la poésie d’Adonis et de Vénus Khoury Ghata dans la très belle bibliothèque de l’Institut. Un autre atelier s’est fait en ligne pendant le confinement, et nous avons tenu un journal collectif et discuté nos expériences respectives en incluant toutes sortes de médias, nous avons beaucoup ri. Mais ce qui me passionne par-dessus tout en ce moment c’est un nouveau projet de roman illustré que je développe sur la révolution du 17 Octobre au Liban avec l’artiste Hala Dabaji. Vous savez, j’ai commencé mon parcours dans l’écriture avec des romans graphiques " Boukra 3al Mechmouch " [Demain à la cueillette des abricots] en 2015, et " Add el Ba7r B7ebbak " [Je t’aime grand comme l’océan] en 2017.

Quel est le dernier roman que vous avez lu ?

J’ai lu " Sous la tonnelle " de Hyam Yared, et " La Femme qui fuit " d’Anaïs Barbeau-Lavalette.



" L'insouciance retrouvée "

Zeina Fayad

© Editions Saër Al Mashrek 2020


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