La rési(li-den)ce de Patoo

Elle aurait du arriver à Nice le premier août dernier. Nous serions allés l'accueillir à l'aéroport pour la conduire au domaine Régis Frères. Elle y aurait travaillé au milieu des vignes et des oliviers. La pandémie en a décidé autrement.

Au lieu de baisser les bras, Patricia Tohmé a relevé un incroyable défi: peindre et sculpter à Beyrouth les œuvres que le public verra le 20 août prochain à Vidauban.

Et c'est ce qu'elle fait, en dépit du dépit, en dépit du blast du 4 août . La résidence de Patoo à Vidauban s'est transformée en résilience de Patoo au Liban. Quel autre symbole pouvait illustrer la force d'âme de ce peuple, qui, décidément a tout du phénix? Entretien avec l'artiste...

Patoo au travail ©DR

MLA: Patoo, vous n'êtes pas à Vidauban. Pourtant, vous travaillez comme si c'était le cas ?


Patoo: Certes, je ne suis pas physiquement là-bas. J'ai été naturellement très déçue de n'avoir pu m'y rendre. Et puis, au fil de mon travail, au fil des jours, je me suis aperçue que mon subconscient était plus fort que moi. Le rosé et le pois-chiche sont emblématiques du domaine Régis Frères, comme du Liban. Et bien, sans en être vraiment consciente, j'ai travaillé en mangeant du pois-chiche sous toutes ses formes et en sirotant un petit verre de rosé de temps en temps * (rires). Au début du mois, je suis partie à la montagne, j'y ai trouvé une forme de sérénité, de calme, qu'il n'y a pas à Beyrouth. J'étais là-bas quand les explosions ont eu lieu au port.


MLA: comment avez vous réagi ?


Patoo: C'est ma mère qui m'a appelée pour me dire ce qui s'était passé. Le 4 août, c'est comme si chaque libanais avait reçu sa propre bombe. Mon appartement a été relativement épargné. En fait, je laisse toujours les fenêtres ouvertes. Elles n'ont donc pas éclaté, il n'y a pas eu de pression.

Chez Patoo. Au fond la toiture d'une maison dévastée par l'explosion. © DR

MLA: Et maintenant, objectif: 20 août. On dévoile le thème de votre travail ?


Patoo: C'est une surprise ! Sachez seulement que les dieux, et plus particulièrement une déesse, Astarté, se pencheront sur le Liban et le Var... il y aura 8 dessins commentés, et si j'ai le temps, une sculpture. 4 de ces dessins ont déjà été envoyés à Nice. Les autres seront imprimés d'une façon toute particulière. Pour la sculpture, si je peux la réaliser, ce sera dans un premier temps une photo... J'ai récupéré des éléments dans les gravats qui jonchent les rues. Je ne peux pas dire encore si mes œuvres reflèteront le traumatisme violent de ces dernières semaines.

© DR



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